Avec l'appui de la Banque africaine de développement, le programme « CAP Emploi » accompagne la Tunisie dans un enjeu central : transformer les compétences, les idées entrepreneuriales et les activités informelles en opportunités économiques durables. Dans cet entretien, la coordinatrice du programme revient sur son montage financier, ses premiers résultats, ainsi que sur les perspectives qu’il ouvre pour les jeunes, les femmes et les porteurs de projets, sans éluder les défis qui structureront sa prochaine phase.
Le programme « CAP Emploi » s'inscrit dans le plan sectoriel 2024-2027 du ministère tunisien de l'Emploi et de la Formation professionnelle. Sa spécificité est de lier plus étroitement formation, insertion professionnelle, entrepreneuriat et formalisation de l'activité économique afin d'accélérer la création d'emplois à court et moyen terme dans le pays.
Sur le plan financier, le programme repose sur un partenariat avec la Banque africaine de développement par le biais d’un prêt de 90 millions d'euros signé le 10 septembre 2024, auquel s'ajoute un don de 2,5 millions de dollars de l'initiative AFAWA (« Affirmative Finance Action for Women in Africa »). Il s'agit d'un programme axé sur la performance : les décaissements sont liés à l'atteinte d'indicateurs annuels précis, selon une logique de financement basé sur les résultats. Cette approche encourage une culture de suivi, d'évaluation et de redevabilité, tout en créant une dynamique positive entre les équipes chargées de la mise en œuvre.
Le programme s'articule autour de trois composantes complémentaires. La première, dédiée au développement des compétences, vise à améliorer l'employabilité des demandeurs d'emploi à travers des formations ciblées et des parcours de reconversion alignés sur les besoins réels des entreprises. La deuxième composante porte sur l'entrepreneuriat et la formalisation : accompagnement de bout en bout des porteurs de projets, accès à des prêts à taux zéro pour couvrir l'autofinancement, et déploiement du statut d'auto-entrepreneur. La troisième — l'appui institutionnel — vise à renforcer les capacités des structures d'exécution, à moderniser le suivi-évaluation et à adapter les programmes de formation aux secteurs d'avenir.
Le programme « CAP Emploi » cible à la fois les demandeurs d'emploi, les porteurs de projets, les entrepreneurs souhaitant développer leur activité, les chefs d'entreprise en quête de compétences et les travailleurs du secteur informel. Cette approche intégrée permet d'agir simultanément sur l'offre de compétences, la création d'entreprise et la formalisation de l'économie.
Sur la formation et l’employabilité : 4 593 bénéficiaires ont suivi des formations complémentaires en 2025, contre un objectif initial de 4 000. Les femmes représentent 77 % des bénéficiaires. Le nombre d'entreprises partenaires est passé de 68 en 2024 à 480 en 2025.
Sur l’accompagnement entrepreneurial : les bureaux d'emploi et de travail indépendant ainsi que les espaces « Entreprendre » de l'ANETI (Agence Nationale pour l'Emploi et le Travail Indépendant) ont accompagné 11 116 porteurs de projets en 2025, contre un objectif de 4 500. Les femmes représentent 73 % des personnes accompagnées.
Sur le financement des projets : à la suite de la convention signée en mai 2025 avec la Banque tunisienne de solidarité, 3 136 projets ont été financés pour une enveloppe globale de 102,06 millions de dinars tunisiens, dont 47,5 % au profit de femmes.
Sur la formalisation : la plateforme nationale de l'auto-entrepreneur, lancée en 2024, a permis la délivrance de 6 558 cartes à la fin de 2025, dépassant l'objectif annuel de 5 000 insertions.
Ces résultats illustrent l'un des apports majeurs du programme : transformer l'appui financier et technique en parcours concrets vers l'emploi, l'activité formelle et l'autonomie économique.
Pour l’avenir, notre ambition est de capitaliser sur les excellents résultats des premières phases afin de pérenniser l’impact du programme.
Nos priorités pour les prochaines étapes s'articulent autour des points suivants :
Le rapprochement des services d'accompagnement et de financement des jeunes sur tout le territoire tunisien, en nous appuyant sur la force de notre réseau régional (Bureau de l’Emploi et du Travail Indépendant- BETI et Espaces Entreprendre- EE) de l’ANETI et agences de la Banque Tunisienne de Solidarité). Nous voulons veiller à ce que chaque gouvernorat bénéficie d'une dynamique entrepreneuriale forte et adaptée à ses spécificités locales, Cela exige une montée en compétences continue de nos équipes de terrain, indispensable pour garantir l’excellence et la pérennité des services offerts, bien au-delà de la clôture du programme.
L'inclusion des femmes est une réussite transversale du programme, comme en témoigne leur forte représentativité dans les programmes d'accompagnement offerts par l’ANETI. Notre priorité future est de maintenir ce cap en facilitant davantage leur accès au crédit et en levant les barrières socioculturelles ou économiques.
Le déploiement du statut de l'auto-entrepreneur reste un chantier prioritaire. Au-delà de la délivrance des cartes, le véritable défi réside dans la pérennisation de ces activités. Il s'agit de transformer l'insertion formelle en opportunités réelles de croissance, en connectant les auto-entrepreneurs à des marchés plus larges, à des réseaux de sous-traitance et à des mécanismes de protection sociale durables.
Le principal défi réside indéniablement dans la maîtrise des délais de traitement face à l'afflux massif des demandes, ce qui exige une vigilance constante et une agilité managériale forte de la part de nos comités techniques.
Enfin, les leçons tirées de la première année de « CAP Emploi » nous imposent de perfectionner en continu notre système de suivi-évaluation pour garantir que chaque dinar injecté se traduise par la création d'emplois décents, stables et à forte valeur ajoutée pour notre économie.